jeudi 30 avril 2026

En mémoire de Papa Wemba : 10 ans depuis que disparaissait la star internationale. (Première partie).

 

En mémoire de Papa Wemba : 10 ans depuis que disparaissait la star internationale. (Première partie).

Papa Wemba le Kuru


2016-2026, cela fait 10 ans jour pour jour depuis que disparaissait la star internationale de la musique congolaise Jules Shungu Wembadio, alias Papa Wemba.


 

Né le 14 juin 1949 à Lubefu dans la province de Sankuru, dans l’ex Kasaï-Oriental en République Démocratique du Congo, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba alias Papa Wemba  est mort en plein concert musical le 24 avril 2016 à Abidjan en Côte d'Ivoire.

Sa mort le 24 avril 2016 en plein concert à Abidjan en Côte d'Ivoire

 Il fut un chanteur, auteur-compositeur et acteur congolais. Il est le cofondateur de l’orchestre Zaïko Langa-Langa et fondateur-dirigeant du label Viva La Musica.

Avec près de cinquante ans de carrière, il est considéré comme un acteur important de la musique congolaise et africaine. S'il n'est pas le créateur de la rumba congolaise, il en est un pilier, et propulse ce genre musical à l'international. Il participe tout de même aux débuts du soukous. La rumba reste sa référence, malgré le fait qu'il aborde d'autres styles comme, entre autres, le rock, le ndombolo et la world music.

Quelques mois seulement après sa naissance, il vient en compagnie de ses parents s’installer à Kinshasa, à l’époque Léopoldville.


 

Son père, ancien soldat de la Force Publique du Congo Belge, qui a combattu dans l'armée belge pendant la Seconde Guerre mondiale, est devenu chasseur. Sa mère est pleureuse professionnelle, élément traditionnel essentiel des soirées funéraires ou veillées mortuaires. En entraînant régulièrement son fils avec elle, elle l'initie à la musique et au chant, ce qui très tôt passionne l'enfant. Il cultive une voix de ténor particulière et devient chanteur en suivant les traces de sa mère. Néanmoins, son père est opposé à ce que son fils devienne musicien et rêve pour lui d'une carrière beaucoup plus littéraire, du genre journaliste ou avocat

Sa mère, son petit-frère et lui-même

 

Obéissant à son père il fait donc des études primaires et secondaires, d’abord à Saint Jean Berchmans à côté de l'école de navigation à la cité Cito aujourd'hui camps Kauka, et au milieu des années 1960, il fréquente l'école Pigier à Kinshasa, tout en chantant pendant ses temps libres en dehors de l’école dans la chorale religieuse surtout à la paroisse Saint Joseph de la commune de Kalamu. En 1966, la disparition de son père l'oriente petit à petit vers la musique. Il fréquente d’abord Lita Bembo et le Stukas Boys avec qui il enregistre en 1969 la chanson Madrigal ; puis sous la bénédiction des responsables de l’orchestre Belguide, il participe à la fondation de l’orchestre  Zaiko Langa Langa, voici comment : 


 

L’orchestre Belguide était un groupe musical congolais considéré comme le précurseur direct du célèbre groupe Zaïko Langa-Langa, et prestait surtout dans un style classique de rumba, et n’avait pas une influence sur les jeunes de l’époque ; d’où la décision de ses dirigeants de faire rupture de cette sorte musicale pour se lancer dans un mouvement beaucoup plus moderne et dynamique porté par une nouvelle génération désireux de moderniser le son congolais, avec batterie et rythme adaptés au goût de la jeunesse.

Au cours d’une répétition de Belguide dans la parcelle familiale des "Mangaya", située au n°10 de la rue Popokabaka dans la commune de Kasa-Vubu (anciennement Dendale), Shungu Wembadio qui accompagnait son ami à cette adresse tint au hasard le micro pour interpréter une chanson de Rochereau Tabu Ley. Sa prestation à l’improviste émerveilla les dirigeants du groupe Belguide et les convainquit de la nécessité de restructurer l’orchestre. Ces dirigeants étaient DV Moanda (initiateur principal et administrateur), Marcellin Delo, Henri Mongombe, et André Bita. 

Papa Wemba à droite et un ami

Ces derniers congédièrent alors tous les musiciens de Belguide, à l’exception du Soliste Pépé Felly et du chanteur Jossart Nyoka Longo, qui d’ailleurs était absent de cette répétition, et ils engagèrent aussitôt dans le groupe Shungu Wembadio, alias Papa Wemba, le fameux visiteur ayant presté avec de belles mélodies. Quelques mois plus tard Evoloko Jocker fit son entrée avant celle d’autres musiciens comme Mavuela Simeon, Bozi Boziana, et plus tard, Andy Bimi Ombalé. 

Le nouvel orchestre devint "Zaïko Langa-Langa", avec Zaïko qui signifie "Zaire ya ba Koko" (le Zaïre des ancêtres). Le terme « Langa Langa » apporté par papa Wemba fait référence à un peuple de la province de l'Équateur, symbole de vigueur et d'énergie.


 

Tôt on remarqua une révolution musicale : dès sa naissance, le groupe se distingue en supprimant les sections de cuivres pour privilégier un jeu de guitares et de percussions plus saccadé et énergique (le style cavacha), attirant immédiatement la jeunesse zaïroise. L’orchestre connaitra un succès énorme.

Le premier concert officiel s'est déroulé quelques jours après sa création au bar "Hawaï" dans le quartier Bongolo. 

De nombreuses chansons à succès furent enregistrées, et Papa Wemba composa des chansons telles que pauline (en 1970), Maguy, Mamie, Béa Majorette (en 1971), L’amoureux déçu, Khadi ya Maman, Zina zonga (en 1972), C’est la vérité, Chouchouna, Liwa ya somo (en 1973), et Miyelele, Omanga (en 1974).

Mais vers la fin des années 1974 surgirent des divergences sur le plan artistique, et des revendications financières atteignirent des limites extrêmes. En les mêlant avec la volonté de créer un son nouveau surtout avec le contexte socioculturelle, l’orchestre parvient à sa première scission majeure.

Les membres influents du groupe, surtout sur l’ensemble de l’attaque chant prirent leur indépendance. Il s’agit de Papa Wemba, Evoloko Jocker, Mavuela Simeo dit Somo, et Bozi Boziana.

 

Bien que le départ ait été une rupture majeure, l'inoxydable Jossart Nyoka Longo est resté pour diriger Zaïko Langa Langa. Evoloko Jocker est, par la suite, revenu brièvement dans Zaïko avant de poursuivre sa propre carrière. 

Les dissidents s’en allèrent avec la quasi-totalité de l’attaque chant de l’orchestre Zaïko et créèrent un nouvel orchestre qu’ils baptisent ISIFI LOKOLE. 


 

Ensemble, ils connaissent un succès fulgurant grâce à leur nouvelle danse « Ebotu » (« le coup de poing », à l’époque du combat du siècle organisé à Kinshasa entre les boxeurs américains Mohammed Ali et George Foreman, et à la chanson « Amazone » composée et interprétée par Papa Wemba en l’honneur de sa fiancée, qui domine les Hit-parades sur les deux rives du fleuve Congo, c’est-à-dire au Congo-Kinshasa et au Congo Brazza.

Mais, très vite des conflits de leadership apparaissent au sein du groupe. Evoloko voulant s’imposer comme leader se désolidarise avec les autres. Mavuela Simeon, Shungu Wembadio et Bozi Boziana quittent Evoloko, qui reste seul dans Isifi Lokole, et créent en novembre 1975 un nouvel orchestre : Yoka Lokole. 


 

Yoka Lokole connait à son tour un immense succès, notamment grâce à la chanson « Lisuma ya zazu » de Papa Wemba, chanté avec Bozi Boziana en 1976. L’orchestre devient extrêmement populaire, en grande partie grâce à ses membres de renom tels que Papa Wemba, Bozi Boziana et Mavuela Simeon.

Mais un événement dramatique va tout faire basculer : la trahison des autres sur Papa Wemba. Grace à sa voix angélique et surtout sa chanson qui dominait une fois de plus sur les autres, Papa Wemba est propulsé comme le meilleur du groupe.

Mais, il est vite par jalousie abandonné à son triste sort quand il fut arrêté puis incarcéré à la prison de Makala, la prison centrale de Kinshasa, pour une affaire de grossesse de la fille d’un Général.

A sa sortie de prison, alors qu’il tente de réintégrer le groupe en plein concert pendant que le public s’enthousiasmait de sa présence afin de chanter la chanson fétiche Lisuma ya Zazu, Mbuta Mashakado, qui avait intégré le groupe en provenance de Zaiko Langa Langa, lui arrache le micro sur ordre de Mavuela Somo le chef d’orchestre, et le chasse de podium en utilisant les propres cris de Papa Wemba, comme une attaque ad hominem : « na canaille kaka !» (avec sarcasme désinvolte).

Ce fut un acte d’humiliation publique d’autant plus grave que Mbuta Mashakado n’était même pas l’un des cofondateurs de Yoka Lokole. Selon plusieurs sources, cette mise à l’écart serait le fruit d’un plan orchestré par Mavuela Siméon qui se voyait déjà comme le leader incontesté du groupe. Comme ce fut le cas dans le groupe Zaiko Langa Langa ou Isifi Lokole, des rivalités internes minaient l’équilibre du groupe.

Papa Wemba, deuxième personne à partir de droite

 

Profitant de l’absence de Papa Wemba enfermé à Makala, Mavuela aurait saisi l’occasion de l’éliminer de la scène musicale du groupe en s’alliant avec Mashakado pour l’expulser du podium, le chasser symboliquement et physiquement du groupe. Leur objectif était clair : s’assurer que Papa Wemba ne remette jamais les pieds à Yoka Lokole.

Mais l’histoire en a décidé autrement. Ce fut l’élément moteur ayant poussé Papa Wemba à créer son propre groupe. Profondément marqué par cette trahison, Jules Shungu Wembadio décide de tourner la page. Il choisit d’abord de rejoindre Evoloko Joker afin de répéter ensemble, mais ses amis intimes l’en empêchent. Pecho Wa Ngongo, Shagy Sharufa, Mère Frenchen et autres lui conseillent de créer son propre groupe pour ne plus jamais subir de telle humiliation subie à Yoka Lokole.

Avec des instruments musicaux reçus du musicien Soki Vangu, dont les violons ne s’accordaient pas avec Mavuela à cause d’une affaire de femme, mais aussi avec Kiamwangana le mentor de ce dernier à cause de guerre de positionnement, Papa Wemba monta son propre groupe Viva la Musica et se mit à recruter des musiciens. Son premier lot des musiciens furent au chant : Jadot le cambodgien, Aziza, Espérant Kisangani, Bipoli Fumu ;  

Les drums étaient assurés par Otis et Pacho Star, Pinos et Pepito jouaient la guitare basse, Rigo Star Bamundele et Julva Liguagua en solo, Syrians à l’accompagnement. Avec le guitariste soliste Bongo Wende que Lita Bembo lui céda, auquel Papa Wemba surnomma « le dernier fils né », l’équipe était au grand complet.

La première sortie officielle du groupe Viva la Musica s’est passée au bar type K de Matonge le 26 février 1977. Pour un pas d’essai, c’est un pas de géant : le succès est foudroyant. Très vite, il rencontre un succès phénoménal, surtout avec la chanson « Na gentillesse kaka », dans laquelle beaucoup reconnaissent une réponse piquante à ses anciens collaborateurs de Yoka Lokole. De Musiciens de talents comme Kester Emeneya, Dindo Yogo, etc., viennent se joindre à lui et il enregistre des tubes à succès tels que Ebale Mbonge, Mabele Mokonzi, Mère Supérieure, Bokulaka. Il récolte un succès fou et se classe pendant 5 ans au-dessus de la scène musicale congolaise comme meilleure vedette de la musique congolaise de 1977 à 1982.


 

Tout Kinshasa ne parle que de lui. Viva la Musica devient le tremplin d’une carrière nationale et internationale, et Papa Wemba s’impose comme une icône de la rumba congolaise, au rayonnement mondial.


 

Mais, ironie du sort, sans la brutalité de ses anciens compagnons, Papa Wemba n’aurait peut-être jamais connu une telle ascension. Son éviction de Yoka Lokole, bien que douloureuse, fut le catalyseur de son destin légendaire… (la suite à suivre). 

                                               Propos recueillis par Antonio Lisuma

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