mercredi 27 mars 2013


Comment vivre dans une telle situation ?

 
          La situation est tellement pénible qu’on ne sait à quel saint se vouer.

          Monsieur Remy Mogbaya, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne sait plus à qui il peut confier la démarche à faire pour se faire entendre par ceux là qui détiennent encore ce qu’il devrait gagner depuis longtemps. Il s’agit là des sociétés para-étatiques comme INSS et CADECO.
Monsieur Mogbaya Remy

          En effet, né à Monzamboli dans le groupement Yalombo, dans le territoire de Bumba, le 09 avril 1933, monsieur Remy Mogbaya s’inscrit à l’école primaire Saint André, l’actuelle Ecole Primaire Lokole, où il achève ses études primaires en 1950. Il s’inscrit ensuite à l’Ecole d’Apprentissage Pédagogique (EAP) à Yambuku vers fin 1952, à l’issu de laquelle il devint enseignant pendant un an dans l’école même qui l’a formé, c’est-à-dire, l’Ecole Primaire Lokole de Bumba en 1953. Il y a enseigné de grande personnalité comme Monseigneur Maemba de diocèse de Lolo.

          Rompant avec la carrière de l’enseignement, la trouvant peut-être moins fructueuse, il est promu receveur comptable dans l’administration coloniale de la Cité de Bumba en 1954, tâche qu’il poursuivra jusque pendant la deuxième république, aux années 1975.
 
 

Document relatant la decision de l'INSS d'attribuer la pension à Mr Mogbaya 

 
          Puis, à la même année il est nommé Chef de poste de SCIBE-Zaïre, l’entreprise du Grand homme d’affaires Jeannot Bemba Saolona. Il quitte alors Bumba et s’installe à la localité Moenge (sur la rivière Itimbiri à environ 42 km à l’Est de Bumba) son nouveau poste d’attache jusqu’en 1998, l’année de sa retraite.
 
Brevet de prestation sociale de Monsieur Mogbaya au près de l'INSS/Bumba


          C’est ici que les choses commencent à se compliquer pour notre pensionné. Le service d’Etat qui prend en charge les pensionnés, à savoir l’Institut national de sécurité sociale, INSS en sigle, était inexistant à Bumba. Notre monsieur (comme d’ailleurs beaucoup d’autres pensionnés du territoire de Bumba) a vécu pendant treize ans un moment de vache maigre, période pendant laquelle le service de l’INSS, absent du territoire de Bumba, mais fonctionnant à distance dans la ville de Mbandaka, le chef lieu de la province de l’Equateur, ou dans la ville de Lisala, le chef lieu du district de la Mongala, ne faisait que bouffer son argent.
 
Siège de l'INSS à Bumba (situé à l'ancienne concession de Général Bobozo,
puis revendiquée plus tard  par le pauvre Debikumu Silva Libanza de la famille FERERA)


Documents de perception de la pension de Mr Mogbaya au près de l'INSS.
 On peut y voir quelques trimestres non payés

          Dieu merci, c’est à l’ouverture de la succursale INSS à Bumba, à partir du début de l’année 2012 que notre pensionnaire s’est mis à toucher sa pension. Il perçut les 1e, le 2e et le 3e trimestre de l’an 2012. Mais, le quatrième trimestre, le dernier de l’an 2012 ainsi que le premier trimestre 2013 ne sont pas encore payés…

 
          Comme si le malheur ne vient jamais seul, le pauvre monsieur Mogbaya s’est encore buté à une autre réalité faisant spécialité congolaise : le manque de remboursement de la somme épargnée à la CADECO.
Siège de la CADECO à Bumba sur la route 'Manga'


          Notre monsieur a, avec la débrouillardise à laquelle les congolais sont habitués, réussi à réunir un montant qui, au lieu de l’utiliser pour sa famille, songea à l’épargner. Il ouvrit naïvement un compte d’épargne à l’entreprise étatique d’épargne dénommée CADECO (Caisse générale d’Epargne du Congo) où il versa une bagatelle  de 600 dollars à compte bloqué de trois mois depuis le 17 décembre 2010, à l’échéance duquel il tenta de se faire rembourser, d’abord une partie de son argent, puis la totalité du versement estimée aujourd’hui au mois de mars 2013 à 714 dollars US, vu les intérêts y générés.
 
Lettre de revendication pour remboursement  des clients de la CADECO


Suite de la lettre
          Monsieur Mogbaya, avec dix-sept autres clients de la CADECO ayant les mêmes revendications, tenta mais en vain de se faire rembourser. Ils rencontrèrent à plusieurs reprises le gérant de la CADECO, un certain Jean Pépin Ebénga qui évoqua le manque de liquidité à la caisse et ne leur fournit aucun argument d’espoir pour essayer de calmer tant soit peu leur douleur. Voici ci-après les genres des déclarations du gérant : « La liquidité est emportée en partie par la hiérarchie, c’est-à-dire la direction générale à Kinshasa et même la direction provinciale de Mbandaka qui ont exigé le transfert de liquidité pour les divers services, et en partie par un grand client qui a vidé son compte, empêcha du coup à l’agence de manœuvrer pour servir d’autres clients. »
La liste des clients de la CADECO qui ont leur compte détourné par l'agence.
 

          Suite à ce ton laconique, les malheureux clients de la CADECO tentèrent encore mais sans succès d’écrire en date du 20 juillet 2011 une lettre au Directeur général de la CADECO. C'est le silence de mort, et en même temps les jours et les années passent…  

L'octogénaire Remy Mogbaya, victime d'abus de confiance de la CADECO/Bumba


          Eu égard à tout ce qui précède, comment cet octogénaire qui n’a  aucune autre source de provision que l’INSS et la CADECO peut-il survivre, comment peut-il subvenir aux multiples besoins de sa famille, et surtout de sa propre santé déjà précaire ? L’Etat congolais existe-t-il ? Affaire à suivre.
 

                                                 Propos recueillis par Antonio Lisuma

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