jeudi 16 avril 2020

L’interview accordée par le Docteur José Mangungu, Professeur à l’ISP Bumba


L’interview accordée par le Docteur José Mangungu,
Professeur à l’ISP Bumba

Revenu à Bumba, sa terre d'origine, après un long séjour européen, l'éminent Professeur Docteur José Mangungu Ekombe nous livre ses impressions après un bout moment passé à Bumba où il enseigne à l'Institut supérieur pédagogique de Bumba:
Le Professeur Docteur José Mangungu Ekombe
1)    Pouvez-vous, monsieur le professeur, nous parler de vous-même, la naissance, les études primaires, secondaires et universitaires ?
Volontiers. Je suis originaire de Bandala, à quelques pas de la ville de Bumba.
Je suis né à Basoko vers la fin des années 1940, car mes parents, Adrien Mangungu et Eulalie Ebende vivaient à Lokutu, une localité au bord du fleuve Congo, à la rive opposée du territoire de Basoko, où était implantée la compagnie agro-industrielle des Huileries du Congo-Belge (ex PLZ, aujourd’hui PHC), dans laquelle travaillait mon père.
Je suis donc le cadet d’une famille de quatre enfants dont trois filles aînées. Deux de mes sœurs sont encore en vie.
Mes études primaires, je les ai faites dans différentes écoles, vu l’insécurité politique qui régnait au Congo, aux années de l’Indépendance : j’ai d’abord commencé à Basoko, puis  à Bumba, à l’école primaire Notre Dame (actuelle Ngito) ; ensuite, vers 1962 ou 1963 j’ai intégré le groupe scolaire d’Ebonda (ex Alberta) et y suis resté jusqu’au cycle d’orientation, où j’ai même bénéficié des enseignements de Français du tout jeune prêtre qui venait d’arriver, le Révérend Père Carlos Rommel. C’est alors que je suis allé m’inscrire aux Humanités sociales de Gombe à Kinshasa, à Rizes (ou quelque chose comme ça), l’école qui se situait au même bâtiment où se trouve actuellement la Faculté des Sciences de l’Information (entre l’INSS et l’Hôpital Maman Yemo), jusqu’à l’obtention de diplôme d’Etat en 1968.
L'école primaire Ngito (ex Notre Dame) de Bumba
Je me suis aussitôt rendu à Shabunda au Kivu (actuelle province de Sud-Kivu) pour travailler pendant deux ans comme enseignant à l’Athénée de Shabunda, où j’enseignais les cours de Français, de géographie et d’histoire aux élèves du premier cycle de secondaire, avant d’aller m’inscrire à l’Institut supérieur pédagogique de Bukavu, l’un de meilleurs ISP du Zaïre, et j’y ai évolué jusqu’à la licence, après laquelle je fus retenu comme Assistant, et en même temps nommé Directeur-Adjoint de l‘EDAP (l’école d’application) de l’ISP Bukavu en 1975.
Ecole primaire des garçons à Ebonda
2)    Vous avez ensuite quitté le Congo pour vous rendre en Europe ?

Oui. Etant Assistant à l’ISP Bukavu, et vu la prouesse de ma prestation, j’ai eu cette opportunité de bénéficier des titres de voyage d’études.
C’est en effet l’ISP Bukavu qui m’avait envoyé en Europe, pour soutenir ma thèse de doctorat en géographie, et revenir au pays selon les termes de contrat qui avaient été signés entre le Zaïre, à l’époque, et la France, lequel contrat stipulait de remplacer les enseignants Français qui y donnaient cours. C’est dans ce cadre-là que suis allé en Europe, en France, plus précisément à Bordeaux vers la fin de l’année 1979. J’ai donc réussi à soutenir ma thèse de doctorat en géographie, plus spécialement axé sur le développement, à l’Université de Bordeaux II en 1981.  Il a fallu donc que je revienne ensuite au Zaïre, mais je suis resté en France dans l’attente du billet-retour puisque selon les accords conclus à l’époque entre le Zaïre et la France, la France payait le billet-aller, et le Zaïre devrait se charger du billet-retour ; mais, malheureusement après les études, ce billet retour je l’ai attendu pendant des années…   
Cependant, J’ai réussi pendant mon séjour en France et ensuite en Belgique à animer des conférences, à produire certaines émissions radiophoniques dans le cadre du journalisme, à diriger comme Berger le groupe de prière œcuménique, et à écrire des livres dont les plus importants sont : 1°/ Conquérir la terre Promise ?(l’an 2000), 2°/ Nouvelle mesure sur les sociétés d’Etat, espoir d’une réelle démocratie ? (2008), 3°/Quelle prière pour le Congo (2013), 4°/La prière charismatique (2013).

3)    Pourquoi avez-vous quitté l’Europe où vous étiez déjà installé et vous êtes revenu en RDC et plus précisément à Bumba pour travailler ?

C’est pour préparer mes remplaçants dans tout le domaine de vie ; que ce soit à l’enseignement sur plusieurs plans, comme écrivain, comme enseignant, comme conférencier, peut-être aussi comme tout simple citoyen ou comme chrétien, donc j’aimerai que dans chaque domaine, qu’il y ait des gens qui puissent peut-être avoir le petit éclairage de ma part, si  je peux  leur apporter pour faire mieux, pour se développer. C’est là ma contribution dans le domaine de l’éducation ou de la formation des cadres de demain, dans l’édification d’un Etat fort, digne et développé, pour un avenir meilleur.

Le bâtiment de l'ISP Bumba
4)    Ces remplaçants, s’agit-il des membres de votre famille ?
Mais non, il s’agit bien évidemment des jeunes intellectuels, de tout jeune intellectuel, c’est-à-dire toute personne qui soit en contact avec moi, qui puisse puiser quelque chose de ma part ; comme je suis maintenant professeur, je souhaiterai que je puisse former les futurs professeurs d’université ; si un jour j’occupe un autre poste de responsabilité, ce serait non pas pour m’éterniser à ce poste, mais c’est pour préparer ceux qui devraient me remplacer à ce poste-là, ceux qui devraient succéder à moi, et ce, dans tous les domaines. Si par exemple, dans le domaine de la littérature, il y a quelqu’un qui veut m’imiter à écrire des livres, ou pour animer des conférences, etc., je suis disposé à l’aider, à l’encadrer…  
        
5)    Etes-vous revenu en RDC et plus précisément à Bumba uniquement pour travailler à l’ISP Bumba ?
J’ai découvert pendant mon séjour européen et au cours des conférences que j’ ai tenues à Bordeaux que les congolais ne s’intéressent pas vraiment au domaine du savoir, si on les comparait aux européens et à une certaine mesure aux autres africains ; mais ils s’intéressent beaucoup plus à des fêtes ou à des démonstrations de danses et consorts… Et si on considérait les congolais eux-mêmes, les Bangala occupent la dernière position, comparativement aux Baluba qui sont extrêmement curieux du savoir, suivis des Bakongo et d’autres groupes sociaux congolais… dont la proportion dépasse de loin les Bangala…
C’est dans cette optique que j’ai préféré quitter l’Europe et revenir ici à Bumba, à ma source Bangala pour secouer l’arbre à la source, afin que je contribue tant soit peu à l’édification d’une bonne éducation des jeunes bangala, à la formation des chercheurs, ne serait-ce qu’un noyau, lequel perpétuera notre œuvre.
Certes, c’est un travail de longue haleine, mais il faut y tenir, et continuer à donner le goût du savoir à nos compatriotes Bangala, de les former et les amener à la culture de la lecture des livres, à la recherche scientifique, bref de leur inculquer le goût des sciences.
6)    Quelle est la valeur des Institutions supérieures et universitaires trouvées ici à Bumba ?
À mon humble avis, ces Instituts n’ont surtout comme objectif que celui de délivrer des diplômes aux étudiants plutôt que de leur inculquer du savoir ou de la formation. Les étudiants qui y sont inscrits ne viennent que pour avoir les papiers qui s’appellent les diplômes. Si vous ne leur donner pas, vous aurez des problèmes avec eux ! Ils ne viennent chercher que le diplôme, pas la formation.
Que pensez-vous d’un auditoire où, presque tous les étudiants, les forts, si minoritaires soient-ils et les faibles, si nombreux soient-ils, parviennent presque tous à réussir à la fin de l’année académique ? On conclurait qu’on ne s’est préoccupé qu’à leur délivrer le diplôme, peu importent les tests et évaluations effectués.
Les dirigeants de ces institutions devraient plutôt veiller à appliquer la rigueur scientifique, donc privilégier le savoir afin de produire la qualité, c’est-à-dire se préoccuper davantage à la formation des jeunes pour qu’au finish, le gradué soit vraiment un gradué digne de ce nom, que l’ingénieur soit digne de ce nom, que le licencié le soit vraiment, etc., peu importe le nombre de réussite. 
"Je suis revenu à Bumba pour préparer mes remplaçants..."
       
7)    Et quel est le niveau intellectuel des étudiants dans ces Institutions supérieures et universitaires ?
Il est médiocre. En parcourant les papiers d’examen de ces étudiants, l’on se coupe le souffle et l’on se demande comment ceux-ci sont parvenus jusqu’à l’université ? Comment quelqu’un qui ne sait pas formuler correctement des phrases peut-il se retrouver à ce niveau d’études supérieures ?
Et j’ai dès lors compris qu’il faut une prise de conscience générale et à tous les niveaux de l’enseignement en RDC, en commençant bien sûr aux écoles primaires et secondaires, pour privilégier la qualité de l’éducation. Si nos enfants ont une base éducationnelle solide au niveau du primaire et du secondaire, alors on pourrait espérer récolter de bons résultats aux universités.  
 J’estime enfin pour ma part que tout le monde a sa part de responsabilité dans la réussite d’une bonne éducation dans notre pays : les enseignants, les parents, les élèves et le gouvernement congolais. Chacun dans son domaine doit changer pour le mieux : les parents doivent scolariser leurs enfants et leur fournir matériels et équipements nécessaires pour mieux étudier ; les enfants, filles tout comme garçons, doivent avoir l’amour de l’étude et faire davantage des devoirs ou des travaux personnels.  Ils ne doivent jamais fuir les cours.  Les enseignants, quant à eux, doivent se donner corps et âme au service d’une éducation saine, et veiller à terminer leurs programmes scolaires ; le gouvernement doit équitablement payer les enseignants pour réussir l’éducation en RDC…
                                                                   Propos recueillis par Antonio Lisuma  

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